Comment soigner mieux sans dépenser plus

Le débat sur la santé en France n’échappe pas au faux dilemme qui stérilise l’ensemble des réflexions sur l’évolution de l’action publique. A entendre bien des arguments échangés, nous n’aurions jamais que le choix entre une augmentation des ressources allouées dont nous n’aurions pas les moyens et un sacrifice de l’action publique qui soulagerait les caisses. La corrélation entre l’augmentation des dépenses et la qualité des services publics est implicitement posée comme postulat indiscutable. Mieux faire, ce serait nécessairement dépenser plus. Et dépenser moins, symétriquement, serait fatalement renoncer à la solidarité.

Pourtant, la France dépense déjà 15 % de plus pour sa santé que la moyenne de l’OCDE (4.600 dollars par habitant contre 4.000 dollars). Et cela alors qu’elle reste à la traîne sur bien des sujets importants : taux de vaccination, utilisation des génériques, alcoolisme, tabagisme, etc. Avec la montée en puissance de nouveaux coûts importants comme la dépendance et l’aggravation prévisible des problèmes liés au financement des retraites, il est clair que l’équation budgétaire des politiques de solidarité nationale restera durablement difficile. Mais cela ne signifie pas qu’il soit irréaliste de viser une amélioration puissante de notre système de santé. Il suffira pour cela d’avoir le courage de l’innovation.

Eviter les fraudes

L’absence de culture scientifique et le manque d’ingénieurs dans les rouages de l’Etat peuvent hélas expliquer que le levier de l’innovation technologique soit aujourd’hui le point aveugle de la réflexion sur la santé publique. Il ne s’agit pas de tomber dans le solutionnisme scientifique, mais de reconnaître que la technologie apporte aujourd’hui des possibilités incroyablement puissantes de faire mieux avec moins.

Le recoupement des données et la mise en place de dossiers médicaux personnels (enfin !) devront permettre d’éviter les fraudes (environ 250 millions d’euros de fraude à l’Assurance-maladie chaque année) et de limiter les actes médicaux inutiles (ils représenteraient 20 % du coût du système de santé). Le développement d’outils connectés de suivi de patients devrait ouvrir de formidables possibilités pour le maintien à domicile, le traitement des problèmes le plus en amont possible et la lutte contre le mal endémique de la non-observance (50 % des traitements ne seraient pas suivis).

A l’hôpital, le progrès des techniques d’opération, passant par exemple par l’utilisation de robots manipulés par les chirurgiens, peut être une source immense d’économie en favorisant au maximum l’ambulatoire, moins consommatrice de ressources. La France compte 6,1 lits pour 1.000 habitants, contre 4,7 en moyenne dans les pays de l’OCDE. La durée moyenne d’hospitalisation est de 10 jours, soit 2 de plus que la moyenne des pays développés. La robotique chirurgicale permet notamment, pour certaines indications, de réduire de façon significative la durée d’hospitalisation et de réduire les complications pour les patients – et donc les coûts. Aux Etats-Unis et en Scandinavie, 90 % des chirurgies sont déjà robot-assistées pour certaines pathologies.

Notre système de santé est un assemblage complexe et fragile. Il n’est pas étonnant qu’il soit si lent à changer et si peu perméable à des innovations qui signifient une remise en question profonde des habitudes, des compétences et des équilibres financiers. Les économies existent, elles seraient massives et synonymes d’amélioration des soins si nous avions le courage d’introduire rapidement les technologies d’ores et déjà disponibles.


Publié dans les Echos

AUTEUR DE LA PUBLICATION

Olivier Babeau

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Président fondateur de l'Institut Sapiens. Professeur à l'Université de Bordeaux, chroniqueur et essayiste, il a cofondé en décembre 2017 la 1ère Think Tech française.

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