Energie et climat : étude comparative des programmes des principaux candidats à la présidentielle

Synthèse

Dans cette campagne présidentielle[1], le nucléaire apparaît comme un marqueur politique très net. Tous les partis de droite et du centre (incluant la majorité présidentielle) sont pronucléaires et font de l’atome un outil d’indépendance énergétique et de compétitivité économique pour le futur. En revanche, pour des raisons surtout morales, les candidats de gauche (en dehors du candidat communiste Fabien Roussel) souhaitent majoritairement sortir du nucléaire. Quand on se déplace sur le curseur droite gauche, la conviction quant à la pertinence d’un mix contenant davantage de renouvelable croit. Alors que Marine Le Pen et Eric Zemmour veulent arrêter le développement de l’éolien et émettent des réserves sur le solaire, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon souhaitent entraîner la France dans une aventure 100% renouvelables. Sans surprise les candidats de la droite et du centre (Valérie Pécresse et Emmanuel Macron) souhaitent un mix davantage équilibré regroupant « en même temps » nucléaire et renouvelables.

Sans aucunement renier les enjeux climatiques, la droite et le centre privilégient avec pragmatisme les aspects économiques et sociétaux face à une gauche hypertrophiant les enjeux climatiques souvent de façon idéologique. La crise énergétique qui courre depuis l’été 2021 et s’est doublée d’une crise militaire à la suite du conflit russo-ukrainien redistribue les cartes et les priorités. La sobriété énergétique extrême imposée de façon autoritaire par LFI et EELV n’étant pas souhaitable, la sortie du nucléaire conduirait inexorablement à un accroissement significatif de notre dépendance gazière et aggraverait dans des proportions inédites le déficit du commerce extérieur et la dépense publique d’une France croulant sous la dette sans présager des troubles sociaux que cela engendrerait

Parmi les différents programmes celui d’Emmanuel Macron est incontestablement le plus abouti. Rien d’étonnant dans la mesure où il repose principalement sur les scénarios publiés par RTE fin 2021. Toutefois, si l’on souhaite réindustrialiser la France et maintenir une croissance économique raisonnable, l’énergie finale à l’horizon 2050 ne pourra être réduite de 40% comme l’envisage le candidat LREM.

Pour maintenir une croissance économique minimale de 1% par an et disposer de suffisamment d’énergie pour réindustrialiser le pays, l’Institut Sapiens[2] a estimé que la réduction de la consommation d’énergie finale devrait se situer entre 20% à 25%. Dans ce cas, le nombre proposé de nouvelles centrales EPR (6+8) proposé s’avère très insuffisant pour satisfaire la forte croissance de la demande électrique qui devrait presque doubler d’ici 2050. Dans le scénario retenu par l’Institut Sapiens, la décarbonation complète de l’électricité demanderait 30 EPR2 à l’horizon 2050 grosso modo le double du nombre envisagé par Emmanuel Macron dans son programme.

Enfin, la volonté de la plupart des candidats (E. Zemmour, Y Jadot, JL Mélenchon, M. Le Pen) de sortir du système électrique européen ne s’avère pas pertinente. La France ne pourra dans les années à venir se passer d’importer de l’électricité depuis ses voisins européens. La règle du mérite calculant le prix du MWh sur la dernière source (qui est aussi la plus chère) est une « assurance tous risques sans franchise » garantissant aux européens 100% d’électricité 100% du temps. Sortir du système électrique européen, ce serait implicitement accepter des blackouts électriques.

 

Emmanuel Macron (LREM)

Largement développé dans le discours de Belfort du 10 février 2022, le programme énergie du candidat LREM remet largement en cause ses choix précédents et notamment la réduction à 50% de la part du nucléaire en 2035 (2025 lors de la campagne de 2017). Il ne souhaite plus fermer de réacteurs en état de fonctionner et envisage de lancer sans délai le grand carénage prolongeant de 20 ans les 56 réacteurs existant. Il ambitionne aussi de lancer la construction de six nouvelles EPR4 et d’étudier la faisabilité de 8 autres (soit 14 au total). En matière de renouvelable il veut atteindre à l’horizon 2050 100 GW de solaire (x8), 37 GW d’éolien terrestre (x2) et 40 GW d’éolien off-shore. Enfin, il souhaite réduire de 40% la consommation d’énergie finale des Français. Il supporte également le lancement d’un grand plan hydrogène principalement dédié à la mobilité ainsi que la rénovation thermique de l’ancien.

Reposant en grande partie sur une relance du nucléaire civil, le programme d’Emmanuel Macron balaie d’un revers de main vingt années d’errements énergétiques. Fidèle à son « en même temps », il défend un mix équilibré avec une croissance forte de l’éolien et du solaire. Son programme comporte toutefois deux failles majeures.

La première que nous avons déjà largement commentée[3],[4] concerne la réduction de 40% de la consommation d’énergie finale incompatible avec une croissance économique continue minimale (1% par an jusqu’en 2050) et d’une volonté de réindustrialiser le pays. Pour rester en croissance économique tout en réindustrialisant, il faudra produire en 2050 entre 800 TWh et 850 TWh d’électricité par an. Pour cette raison la réduction de l’énergie finale ne pourra excéder 20% à 25% par rapport à sa valeur 2019.

Par ailleurs, dans la mesure où seulement 15 GW de nucléaire existant resteront en service en 2050, malgré la mise en œuvre massive de solaire et d’éolien, il faudra 30 EPR4 (et non 14 !) de 1,66 GW pour assurer une production d’électricité totalement décarbonée à cet horizon.

 

Eric Zemmour (Reconquête)[5]

Le programme énergie du candidat de Reconquête est exclusivement focalisé sur l’arrêt de l’éolien (on-shore et off-shore) et la relance du nucléaire.

Comme Emmanuel Macron, Eric Zemmour lance le grand carénage prolongeant de 20 ans les réacteurs actuels et lance la construction d’« au moins » 14 EPR2. Il soutient aussi le « nucléaire du futur » en relançant le projet Astrid (surgénération au plutonium – 4ème génération) et en appuiyant le projet ITER (fusion nucléaire).

A la différence d’Emmanuel Macron, Eric Zemmour arrête explicitement la mise en œuvre de l’éolien (interdiction) et implicitement du solaire (arrêt des subventions publiques). Il redirige le soutien public dédié aux ENR vers la géothermie basse température (pompes à chaleur) et les réseaux de chaleur. Son argumentaire rationnel (indépendance énergétique, faiblesse des émissions) se base sur des données factuelles (nombre d’éoliennes par réacteur EPR, comparaison des facteurs de charge, comparaison des émissions mondiales, impact historique du nucléaire sur le prix bon marché de l’électricité) figurant en annexe de son programme.

Enfin il souhaite « remplacer le dispositif ARENH par un nouveau système permettant à tous les consommateurs et entreprises françaises de bénéficier des coûts compétitifs de l’énergie nucléaire ».

Son programme passe sous silence trois points essentiels.

Renoncer à toute croissance de l’éolien et du solaire demanderait 260 TWh d’électricité nucléaire supplémentaire soient 22 réacteurs EPR en plus des 30 déjà identifiés (soient 52 EPR4 au total !) à comparer aux 14 proposés par le candidat de Reconquête. Cet objectif paraissant difficilement atteignable, arrêter tout nouveau développement d’ENR conduirait à devoir recourir massivement au gaz naturel ce qui comporterait de nombreux inconvénients en termes climatiques (accroissement des émissions), indépendance énergétique (dépendance vis-à-vis des producteurs Russie en tête) et prix de l’électricité.

La suppression de l’ARHEN signifierait à terme la sortie du système électrique européen. Cela permettrait certes d’aligner davantage le prix du MWh électrique sur le prix moyen des sources françaises (ENR, hydraulique et nucléaire) et de s’affranchir de la volatilité des prix du gaz. Mais en échange cela stopperait une grande partie des échanges sur la grille européenne et mettrait à risque le système électrique français en cas de défection de certaines sources. Ainsi depuis novembre 2021, malgré l’arrêt de près de 5 GW nucléaires, la France n’a subi aucun blackout électrique aux heures de pointe. Sans importations journalières tel n’aurait pas été le cas.

Enfin, en dehors de l’encouragement à l’utilisation des pompes à chaleur, le candidat Reconquête passe sous silence la plupart des usages : rien sur l’isolation de l’habitat, la mobilité et l’industrie.

 

Valérie Pécresse (Les Républicains)

Santé, sécurité, immigration, pouvoir d’achat, éducation, logement…il n’y a pas de thématique propre « climat et énergie » dans le programme de la candidate Les Républicains[6]. La recherche n’est pas beaucoup plus fructueuse quand on cherche dans les différentes thématiques. Rien dans la thématique jeunesse alors que le climat est pourtant son premier souci dans toutes les enquêtes d’opinion, rien non plus dans la thématique logement sur l’isolation ou le remplacement de la chaleur thermique par de la chaleur électrique. On ne trouve qu’une brève référence à l’énergie dans la thématique pouvoir d’achat « réduire la facture énergétique des Français » en « relançant notre politique énergétique en s’appuyant sur le nucléaire, qui est une énergie décarbonée, compétitive et qui repose sur des technologies et des savoir-faire d’excellence française ». Les propositions sont très réductrices et ne couvrent que des compensations cour terme pour palier les accroissements de la facture énergétique comme « abaisser la TVA de 20% à 5%[7] sur les taxes pesant sur l’électricité » ou « indexer les indemnités kilométriques sur le prix des carburants ».

On trouve toutefois dans le fil de l’actualité du site programmatique de Valérie Pécresse un article issu d’une intervention télévisée datant du 10/02/2022 intitulé[8] « climat, souveraineté, pouvoir d’achat : Valérie Pécresse présente son ambition énergétique pour la France ». Composé d’un catalogue de bonnes intentions que personne ne critiquera comme « lutter pour le climat en visant la neutralité carbone en 2050 », « conserver notre capacité à produire notre électricité avec des technologies que nous maîtrisons » ou encore « préserver le pouvoir d’achat des Français et la compétitivité des entreprises » l’article se caractérise en revanche par une absence alarmante de chiffres.

On retiendra toutefois l’engagement très général de la candidate à « effectuer une relance gaullienne du nucléaire, en s’appuyant sur cette filière d’excellence de la technologie française » « à lancer immédiatement une première série de 6 EPR et de préparer la programmation des séries suivantes » ainsi que « poursuivre l’exploitation des réacteurs existants…tant qu’ils respectent les normes de sûreté ». Elle rejoint sur ce point précis les propositions d’Eric Zemmour et d’Emmanuel Macron. En ce qui concerne les énergies renouvelables (hydraulique, solaire, géothermie et l’éolien) elle se rapproche d’Emmanuel Macron et se différencie des candidats Reconquête et Rassemblement National en considérant qu’elle « doivent être vues comme des moyens de production complémentaires indispensables à notre mix énergétique ». Elle croit aussi sans plus de précision à « l’opportunité d’une croissance nouvelle portée par…les énergies du futur comme l’hydrogène ». La note se termine par un poncif tout aussi général « maîtriser la production et le prix de notre électricité, c’est reprendre en main notre souveraineté, notre destin industriel, nos emplois et le pouvoir d’achat des Français ».

 

Marine Le Pen (Rassemblement National)[9]

Le programme de Marine Le Pen est assez similaire à ceux des autres candidats de droite mais, comme celui de Valérie Pécresse, il pèche par une absence alarmante de chiffres d’explications et de précision.

La candidate du RN[10] met clairement les piliers économiques et sociétaux en avant précisant que « la préoccupation climatique très légitime ne peut être découplée de la préoccupation économique et du pouvoir d’achat » et insiste sur l’idée « d’un modèle authentiquement écologique mais viable économiquement ». Ainsi considère-t-elle sans surprise le Green Deal européen comme un « slogan » risquant « d’appauvrir la population » et « de fragiliser notre tissu économique ». Elle pointe notamment que les « normes extrêmement exigeantes de Bruxelles rendent les acteurs économiques plus vertueux écologiquement mais leur imposent des coûts les amenant à mettre la clé sous la porte ».

Hormis la baisse de la TVA de 20% à 5.5% sur les produits pétroliers (carburants et fioul domestique), le gaz et l’électricité qui ne va pas vraiment dans le sens de l’Histoire et correspondrait à un manque à gagner annuel de plusieurs dizaines de milliards d’Euros pour l’Etat, son programme repose sur des poncifs généraux. « Assurer notre indépendance énergétique pour baisser la facture des Français » « relancer la filière nucléaire, hydroélectrique et investir dans la filière hydrogène » « mieux accompagner l’isolation des bâtiments » ou encore l’incontournable litanie « sortir du marché européen de l’électricité pour retrouver des prix décents ». De même en déclarant que « le véhicule électrique à batterie est un modèle transitoire, car il nous place en situation de dépendance forte [vis-à-vis] des terres rares et à l’égard de l’Asie » et que « le vrai saut technologique serait l’hydrogène », elle démontre une connaissance plus qu’approximative du rôle de la mobilité électrique qui à terme couvrira 75% des kilomètres parcourus. 

Enfin comme le candidat Reconquête, elle souhaite « arrêter les projets éoliens » mais de surcroit « démanteler progressivement les parcs existants ».

Où trouvera-t-elle dans ce cas les GW nécessaires à la production des 850 TWh en 2050 ? On lit bien sûr en filigrane du relancement de la filière nucléaire le grand carénage des réacteurs existants et la construction de nouvelles EPR4 ce qui est confirmé par Nicolas Bay[11] dans un interview publié dans EURACTIV le 26 janvier 2022 : « construction de 6 EPR4 et augmentation de la durée de vie des centrales existantes ». Des mesures bien timides pour couvrir la consommation électrique du futur quand on compare au programme d’Emmanuel Macron qui malgré l’accroissement très significatif de l’éolien on/off-shore et du solaire a besoin de 30 EPR pour satisfaire la demande.

D’autant qu’une sortie du système électrique européen signifie une réduction voire un arrêt des importations d’électricité depuis nos voisins. Bâclé, le programme de la représentante du Rassemblement National n’apparaît pas crédible.

 

Yannick Jadot (Europe Ecologie – Les Verts)

Le climat est sans surprise le pilier central du programme du candidat d’EELV[12]. Sa démarche est opposée à celle des autres candidats puisque les grandes thématiques sociétales (pouvoir d’achat, fiscalité) mais aussi économiques (industrialisation) sont conditionnées par la problématique climatique : « le bénéfice climatique sera imposé comme seul critère ; l’intérêt privé et le profit économique devront désormais obéir à la loi du vivant qui les supplantera ». Cette soumission de l’économique à l’écologique avait été théorisée par l’ancien patron des Verts David Corman[13] : « il n’y a pas de compromis possible avec le capitalisme si on veut maintenir la vie humaine sur terre dans des conditions à-peu-près correctes ».

Présenté à Lyon le 29 janvier, sa « République du pouvoir de vivre »[14] remet à plat les règles du marché européen de l’électricité, renationalise EDF, promeut un mix électrique 100 % renouvelable en déployant 7 parcs éoliens en mer, 3000 éoliennes terrestres supplémentaires et 340 km² de panneaux solaires supplémentaires d’ici 2027 ainsi que la production de 32 TWh de biogaz d’ici 2030. La sortie du nucléaire est programmée avec la fermeture d’une dizaine de réacteurs d’ici 2035. Ce choix entre nucléaire et énergies renouvelables ne repose pas pour le candidat EELV sur des considérations climatiques : « l’enjeu n’est pas de choisir nucléaire ou renouvelables sur base de leur faible neutralité carbone car…les deux sont possibles. Cela relève d’un choix politique en plus d’être un choix moral ».

Le programme sous-entend des dépenses hallucinantes pour un pays dont la dette atteint aujourd’hui 116% du PIB. Pour les seuls engagements énergétiques le candidat EELV propose d’investir 18 milliards d’euros par an dans la rénovation thermique publique et privée, 4 milliards annuels dans le ferroviaire, de construire 700 000 logements sociaux, de porter le chèque énergie à 400€ par an, d’accroitre le fonds vélo à 500 millions d’euros mais aussi de recruter de 200 000 fonctionnaires supplémentaires.

Pour compenser ces dépenses pharaoniques, il accroit fortement la fiscalité pourtant déjà la plus coercitive au monde : ISF climatique confiscatoire, frais de succession des patrimoines supérieurs à 2 millions d’euros fortement augmentés, « flat tax »[15] sur les revenus financiers réintégrée à l’impôt sur le revenu. Les entreprises ne sont pas oubliées : forfait mobilité durable à la charge de l’employeur porté de 500€ à 1000 € par an, impôt sur les entreprises revu à la hausse « sauf pour celles jugées non polluantes ». Une mesure pas vraiment adaptée pour relocaliser l’industrie chimique, cimentière, verrière ou sidérurgique !

Compte tenu de l’accroissement potentiel de la demande électrique, un mix 100% renouvelable ne pourrait couvrir qu’une petite partie de la consommation et conduirait inexorablement à un monde de sobriété énergétique imposée. Un monde sobre, pauvre mais égalitaire. Les choix du candidat écologiste sont donc implicitement ceux d’une société décroissantiste qui ne dit pas son nom.

 

Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise)

Inspiré du dernier scénario « La transition énergétique au cœur d’une transition sociétale » du collectif NEGAWATT[16] et présenté dans un livret ENERGIE[17] clair et bien conçu, le programme du candidat de La France Insoumise est radical et sans ambiguïté : « 100 % renouvelable : sortir des énergies fossiles et du nucléaire ». De nombreuses propositions recoupent celles des écologistes comme sortir du nucléaire en planifiant le démantèlement, la réhabilitation et la reconversion des sites nucléaires, l’abandon des projets EPR4 et du projet CIGEO/ANDRA d’enfouissement des déchets nucléaires. Le projet s’inscrit clairement dans une logique collectiviste : « le secteur énergétique étant un bien commun il doit s’affranchir des lois du marché et retourner dans le secteur public ». EDF et Engie doivent donc être nationalisés et la France doit sortir du système électrique européen.

Cette dialectique marxiste se lit d’une part en filigrane de phrases comme « bloquer les prix de l’énergie, interdire les coupures ou mettre en place la gratuité des quantités d’énergie indispensables à la vie digne » et l’écologie punitive à travers d’autres comme « arrêter les subventions aux énergies fossiles, y compris à l’étranger », « interdire l’exploitation du gaz de schiste, du pétrole de schiste et de houille » ou encore  « supprimer les niches fiscales polluantes incitant à la consommation d’énergie fossiles » et « instaurer des droits de douane sur des critères écologiques ».

Pour justifier la sortie du nucléaire, le candidat de LFI s’appuie sur de nombreuses désinformations ainsi que sur le marché de la peur. Ainsi, affirme-t-il que « les petits réacteurs modulaires n’existent que sur le papier »[18], que « le Grand Carénage coûterait près de 100 milliards »[19] ou encore « que le traitement des déchets représenterait des dépenses faramineuses »[20]. Il pointe aussi que « l’usure du parc est désormais un danger pour la sécurité et l’approvisionnement » ou encore que « la montée des eaux inondera la centrale de Blaye en Gironde ».

Bien que très ambitieuses en termes de croissance des renouvelables (18500 éoliennes terrestre, 3000 éoliennes marines et 144 GW de photovoltaïque) les propositions de LFI ne fourniraient annuellement qu’un peu plus de 400 TWh (soit la moitié de l’énergie requise à l’horizon 2050) sans présager des intermittences en hiver notamment en cas d’anticyclone polaire.

Le programme de Jean-Luc Mélenchon repose donc principalement sur des mesures drastiques « de réduction de la consommation d’énergie et de sobriété énergétique remettant en cause notre modèle productiviste dans la production, les transports et le résidentiel-tertiaire ». Il se base comme déjà mentionné sur le scénario NEGAWATT et vise à diviser par 3 l’énergie primaire à l’horizon 2050. Comme pour les écologistes ce schéma correspond à un décroissantisme qui ne dit pas son nom. Dans une note publiée récemment, l’Institut Sapiens[21] a estimé qu’une telle réduction de la consommation d’énergie conduirait en 2050 à une réduction de 55% du PIB/hab. « Diviser par trois la consommation d’énergie primaire d’ici 2050 sans altérer la qualité de vie » comme le promet le candidat de LFI est un objectif utopique surtout si en parallèle on souhaite réindustrialiser la France.

[1] https://www.bvoltaire.fr/le-nucleaire-nouveau-marqueur-politique-entre-une-droite-nationaliste-et-une-gauche-wokiste/

[2] https://www.institutsapiens.fr/reprendre-en-main-notre-destin-energetique/

[3] https://www.institutsapiens.fr/reprendre-en-main-notre-destin-energetique/

[4] https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/baisse-de-la-consommation-denergie-dici-2050-limpasse-des-objectifs-annonces

[5] https://programme.zemmour2022.fr/energie

[6] https://valeriepecresse.fr/projets/

[7] Cette mesure aussi envisagée par Marine Le Pen correspond à un manque à gagner de près de 15 milliards d’euros pour l’Etat sur les seuls carburants essence et diésel

[8] https://valeriepecresse.fr/2022/02/10/climat-souverainete-pouvoir-dachat-valerie-pecresse-presente-son-ambition-energetique-pour-la-france/

[9] https://mlafrance.fr/programme

[10] https://www.euractiv.fr/section/election-presidentielle-2022/news/un-moratoire-sur-leolien-et-6-epr-au-programme-de-la-candidate-le-pen/

[11] Jusqu’il y a peu,,N. Bay était la personne en charge de l’énergie dans l’équipe de campagne de Marie Le Pen. Il est depuis passé à Reconquête

[12]https://assets.nationbuilder.com/themes/6181b6eb4445ea720389b314/attachments/original/1643803625/programme_presidentiel_yannick_jadot.pdf?1643803625

[13] https://lvsl.fr/il-ny-a-pas-de-compromis-possibles-avec-le-capitalisme-entretien-avec-david-cormand/

[14] https://www.youtube.com/watch?v=0P-YW8p9vco&t=5803s

[15] Rappelons que la taxe sur les revenus financier est prélevée de façon libératoire à 30%

[16] https://negawatt.org/Scenario-negaWatt-2022

[17] https://melenchon2022.fr/livrets-thematiques/energie/

[18] La technologie SMR a depuis longtemps été intégrée dans les porte-avions et les sous-marins. Le problème n’est pas technologique mais économique. Il s’agit de les standardiser et de les produire à la chaîne pour rendre la filière économique

[19] Evalué selon EDF à 48 milliards d’euros. Ces travaux renchérissent le prix du MWh de moins de 10€.  https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/journalistes/tous-les-communiques-de-presse/edf-reajuste-le-cout-du-programme-grand-carenage

[20] Le stockage des déchets radioactifs enchérit le MWh de moins de 1€. Source ANDRA

[21] https://www.institutsapiens.fr/reprendre-en-main-notre-destin-energetique/

AUTEUR DE LA PUBLICATION

Philippe Charlez

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Philippe Charlez est ingénieur des Mines de l'École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l'Institut de Physique du Globe de Paris. Expert internationalement reconnu en énergie, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur la transition énergétique dont « Croissance, énergie, climat. Dépasser la quadrature du cercle » (2017 Ed De Boek supérieur), « L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale » (2021, Ed JM Laffont) et « Les dix commandements de la transition énergétique » (2023, Ed VA). Philippe Charlez enseigne à Dauphine, Mines Paris Tech, l’IFP, l’Institut Galilée et le Centre International de Formation Européenne. Il est éditorialiste régulier pour Valeurs Actuelles, Le Figaro, Contrepoints, Atlantico et Opinion Internationale. Il est Directeur de l’Observatoire Energie/Climat de l’Institut Sapiens.

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